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Les reliques de Saint Gorgon

Les reliques de saint Gorgon, conservées à Anor, donnent toute sa dimension à un culte immémorial

Saint Gorgon naquit probable­ment à Rome vers l’an 265, sous le règne de l’empereur Gallien. Sa famille, appartenant à la pre­mière noblesse, lui fit donner une éducation brillante qui lui permit d’être reçu au Palais impérial parmi les jeunes gens de distinc­tion que l’on destinait aux grandes administrations de l’em­pire.

Une vingtaine d’années plus tard, à l’avènement de l’empe­reur Dioctétien, il était nommé chambellan de la chambre impé­riale, poste de première dignité qui lui permit non seulement de pratiquer les devoirs nécessaires à la vie chrétienne mais aussi d’y convertir bon nombre des offi­ciers du Palais.

Après une dizaine d’années d’accalmie, s’organise, au début des années 300, la dixième per­sécution générale contre les chrétiens.

En septembre 303, pour un procès exemplaire, Dioclétien fait dresser dans son palais un tribu­nal devant lequel il appelle à comparaître plusieurs centaines de chrétiens afin de les faire re­noncer à leur foi. Ceux-ci, évi­demment, sont indignés par cette proposition et, devant ce refus, l’empereur ordonne la per­sécution arbitraire de l’un d’eux qui, fouetté puis écorché vif, est soumis au supplice du gril.

Devant tant de barbarie, Gor­gon se lève de l’assemblée et s’adresse à l’empereur : «Pour­quoi punir ces chrétiens d’une manière par trop cruelle et trop barbare ? Nous, vos officiers et chambellans, nous avons la même foi religieuse. Pourquoi leur faire un crime de ce que nous confessons tous si ferme­ment ?».Cet aveu public lui vaut les foudres de l’empereur qui le fait immédiatement jeter au cachot. Devant son refus d’abjurer sa foi, il le condamne à être battu de verges, puis à être brûlé vif. Cependant que la chair du martyr se consomme lentement et que la douleur devient intolé­rable, Gorgon, craignant d’y suc­comber, s’adresse à Dieu. A peine a-t-il fini sa prière que les charbons s’éteignent, le gril se refroidit, la douleur cesse et les plaies se ferment… Les spectateurs sont frappés de stupeur et Diociétien lui-même reste un instant confondu avant de revenir sur son endur­cissement. Désespérant de vaincre la foi et voulant en finir avec son pri­sonnier, il ordonne qu’il soit étranglé puis pendu, comme coupable d’impiété envers les dieux romains et l’empereur. Par crainte que les restes du défunt ne fussent adorés par les chrétiens, il fit jeter finalement le cadavre aux bêtes, lesquelles, par un nouveau miracle, l’épar­gnèrent, permettant aux chré­tiens de donner à Gorgon une sépulture digne de son martyr.

Célèbre autrefois à Rome, à Metz et à Gorze, dans l’Est de la France, à Minden en Westphalie, le culte de saint Gorgon s’est perpétué au fil des siècles à l’extrémité du diocèse de Cambrai : à Anor, où une petite chapelle élevée à sa gloire en 1723, attirait jusqu’à une période récente, de très nombreux pèlerins venus de Belgique, du Nord, de l’Aisne et des Ardennes. Bien que les archives de la paroisse aient disparu au cours des nombreux conflits qui ravagèrent la région, il semble que ce culte remonte à des temps immémoriaux, et qu’il ait connu un regain d’intérêt à partir de 1848, date à laquelle Sa Sainteté le Pape Pie IX accorda au curé d’Anor quelques parcelles des ossements du martyr. Aujourd’hui encore, ce culte rassemble, chaque deuxième dimanche de septembre, plusieurs centaines de pèlerins qui parcourent en une solennelle procession, le chemin séparant l’église paroissiale de la petite chapelle qui recèle les saintes reliques. Nous avons évoqué le mar­tyre de saint Gorgon né à Rome vers l’an 265, chambellan de l’empereur romain Dioclétien, dont la dépouille, miraculeuse­ment épargnée par les bêtes, re­çut, de la part des chrétiens, une digne sépulture. Il nous reste  à rap­peler comment naquit et se per­pétua, à Anor notamment, le culte qui, de nos jours, lui est en­core rendu. Un manuscrit bénédictin du IX » siècle rapporte, qu’immédia­tement après sa mort, un grand nombre de miracles s’opérèrent sur la tombe du martyr : «beau­coup de malades qui l’avaient in­voqué furent guéris et plusieurs possédés du démon furent déli­vrés».

Saint Gorgon

    Vers l’an 345, le corps du saint fut transporté à Rome, et ses reliques vénérées en la Voie latine. Le corps du saint Gorgon demeura entier jusqu’au milieu du VIII* siècle, date à laquelle saint Chrodegand, évêque de Metz, en obtint une partie du Pape Paul 1er, pour être transpor­tée en son diocèse, au monas­tère de Gorze. Quelques années plus tard, en 840, l’autre moitié de la relique fut transférée de la Voie latine à l’église vaticane de Saint-Pierre par ordre du Pape Grégoire IV. C’est dans cette basilique que saint Gorgon reçoit désormais le culte qui lui est dû, et c’est de là que furent envoyées plus tard, aux oratoires élevés en son hon­neur, quelques-unes de ses reliques

Une première chapelle en 1723

Les restes entreposés à Gorze subirent, au cours des siècles, de nombreuses mésaventures dues aux invasions successives, pour finalement être victimes du van­dalisme révolutionnaire qui, en 1789, devait les profaner et les disperser. La célébration du saint dut alors se ralentir et même cesser momentanément. Mais la confiance des chrétiens ne s’al­téra point et «les familles des anciens pèlerins continuèrent à invoquer saint Gorgon au foyer domestique et dans leurs églises respectives, jusque dans la Thiérache et une partie du Hainaut ». Les chrétiens d’Anor se distin­guèrent entre tous par leur piété envers le saint Martyr, dont ils fi­rent sculpter une statue en bois doré, but d’un pèlerinage orga­nisé annuellement. Les archives incomplètes de la paroisse laissent apparaître que, sous l’administration de l’abbé Pesteau, curé d’Anor de 1694 à 1740, la dévotion de saint Gor­gon prit un tel essor que l’on res­sentit le besoin d’une chapelle érigée à sa gloire. Un chrétien fervent, M. Antoine Goulard, voulut en faire les frais et, en 1723, la chapelle de Saint-Gorgon s’éleva sur le plateau de la colline opposée à celle sur la­quelle est bâtie l’église parois­siale. Cette chapelle n’était alors constituée que par le choeur ac­tuel. Elle demeura ainsi jusqu’en 1779, date à laquelle la foule des pèlerins qui s’y pressaient, fit naître le besoin d’un agrandisse­ment.

Trente jours d’indulgence

Jusqu’en 1789, une multitude de malades et d’infirmes vinrent invoquer le secours du saint Martyr. Durant la révolution, le pèlerinage de saint Gorgon dis­parut, pour réapparaître au grand jour après le Concordat de 1801. A partir de cette époque, la foule des pèlerins s’accrut considéra­blement, et le 25 juillet 1842, l’archevêque de Cambrai auto­risa la célébration de la messe dans le sanctuaire, et accorda «trente jours d’indulgence aux personnes qui, pendant l’octave de la fête de saint Gorgon, assis­teront aux messes célébrées dans la chapelle, ou seulement visiteront cette chapelle». Cette faveur spirituelle va pro­voquer un accroissement impor­tant du culte, mais il faut atten­dre le 4 février 1848 pour que le Pape Pie IX accorde à l’abbé Baligand, curé d’Anor, quelques parcelles des ossements du mar­tyr. L ‘abbé Baligand fit alors repo­ser les précieuses reliques sur un coussin de velours et les en­ferma dans une châsse gothique en cuivre doré, que les jeunes gens d’Anor se disputent l’hon­neur de porter aux processions solennelles…

…Mais le Grand Prix de Fourmies

Les siècles ont passé et le culte du martyr ne semble pas tomber en désuétude, malgré les impondérables : en 1978 et 1979, le passage du Grand Prix cycliste de Fourmies provoqua l’annulation des cérémonies ! Par centaines, les pèlerins se donnent rendez-vous, le deuxième dimanche de septem­bre, afin de participer à la pro­cession qui les conduit de l’église paroissiale à la chapelle de Saint-Gorgon, où un office solennel est célébré en plein air. Durant la se­maine suivante, deux messes quotidiennes sont dites dans l’humble édifice. Enfin la neuvaine s’achève le lundi suivant par une cérémonie à la mémoire des pèlerins décédés.

 B. DEWITTE. « La Voix du Nord  du 24 et 26 Avril 1981 »

 

Publié dans:Les Reliques de Saint Gorgon |on 13 juillet, 2014 |Pas de commentaires »

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