Archive pour la catégorie 'L’Église d’Anor'

L’église d’Anor :

L’église d’Anor  : 

Nous avons vu précédemment que vers le milieu du XII ème siècle. Nicolas Plukel (voir ici) fit construire à Anor un château fort dont nous reparlerons ; le noyau du village existait donc, ainsi qu’une église pour les besoins spirituels des habitants. Déjà en 1164, Nicolas, évêque de Cambrai, avait donné l’autel d’Anor à l’abbaye de Saint-Lambert de Liessies.

Cette église, qui certainement était plus que modeste, fut reconstruite en 1170 ou 1171 par le chapitre de Maubeuge, sous l’administration de l’abbesse Frehende. L’édifice ayant été élevé aux confins des monastères de Liessies et de Maubeuge, une contestation s’éleva bientôt entre ces deux maisons religieuses pour savoir de laquelle des deux l’église dépendrait.

La contestation fut portée devant 1 ‘évêque de Cambrai qui décida que l’église serait soumise à l’abbaye sur le territoire de laquelle elle se trouverait, après délimitation exacte de leurs possessions respectives. Or, ce travail terminé, il se trouva que l’église se trouva assise sur l’alleu du monastère de Maubeuge. Mais l’abbé de Liessies qui était entré dans la place refusa de l’abandonner.

Le pape Alexandre III, qui occupa le trône pontifical de 1159 à 1181, fut à son tour saisi de l’affaire et adressa sa lettre 465é  à Henri, archevêque de Reims, dont le diocèse de Cambrai dépendait alors. On trouvera ci- dessous la traduction française de ce document très intéressant et très important.

LETTRE CCCCLXV. A HENRI, ARCHEVEQUE DE REIMS. SUR UNE CONTES­TATION ENTRE LIESSIENS ET MAUBEUGEOIS AU SUJET DE L’EGLISE DU VILLAGE D’ANOR

«  Il est arrivé à nos oreilles qu’une église, dans le  village d’Anor, aux confins des possessions des monas­tères de Liessies et de Maubeuge, a été reconstruite il y a quelque temps. Une contestation s’est élevée entre les dits monastères pour savoir auquel des deux elle devait être soumise. La contestation fut portée devant 1 ‘évêque diocésain et tranchée ainsi par lui : l’église sera sou­mise, pour toujours, à l’abbaye dans le territoire de laquelle elle sera trouvée après délimitation des confins ».

Après cette délimitation, elle se trouva dans l’alleu du monastère de Maubeuge. Mais l’abbé de Liessies ne voulut pas l’abandonner, comme il avait été jugé, mais, bien plus, il s’efforça de la retenir contre toute jus­tice.

Or, comme il ne convient pas que des religieux fas­sent supporter aux autres ce qu’ils ne voudraient pas en supporter, nous mandons, par ces lettres apostoliques, à ta fraternité, de convoquer devant toi les deux parties, de rechercher, avec soin, la vérité à ce sujet, et, s’il cons­tate ainsi pour toi, d’avertir ledit abbé (de Liessies) et de le forcer, par la censure ecclésiastique, à rendre au monastère de Maubeuge ladite église – toute réclamation et appel cessant – et de rester en paix, nonobstant les lettres de confirmation, si l’abbé est reconnu en avoir obtenu au sujet de cette même église, à moins que la sentence de l’évêque n’ait été suspendue par appel.

Si elle a été suspendue par appel, et que la partie appelante n’a pas poursuivi, dans l’espace de deux ans l’appel interjeté, fait néanmoins mettre la sentence à exécution, l’appel cessant. »

Donné à Anagni le IX éme jour des Kalendes de Juillet (23 Juin1174) Alexandre, serviteur des serviteurs de Dieu, à son vénéra­ble frère Henri, archevêque de Reims, salut et bénédiction apostolique

On voit que le pape mande à l’archevêque de Reims d’avertir l’abbé de Liessies et de le forcer, même par la censure ecclé­siastique, à rendre l’église d’Anor au monastère de Maubeuge, à moins que la sentence de l’évêque n’ait été suspendue en appel, et qu’il termine en disant qu’en cas d’appel, si Liessies n’a pas poursuivi dans les deux ans l’appel interjeté, celui-ci devra être mis à exécution.

Liessies appela certainement de la sentence et finit par obt­enir gain de cause car, en 1177 , le même souverain pontife assura à l’abbaye de Liessies la possession de l’autel de Trélon, avec son  » appendice  » Annora, ce que confirma le pape Lucius III, dans la bulle du 2 mai 1184.

L’église reconstruite en 1171 dut subsister peu d’années, et celles qui l’ont remplacée ont dû subir les vicissitudes qu’Anor a traversées.

En 1607, un document prouve qu’il existait à Anor sur l’em­placement de l’église actuelle une chapelle très peu éclairée, sans transept. Elle était surmontée par un clocher élancé.

La date de 1703 qu’on voyait gravée à l’extérieur du chevet de l’église brûlée ne pouvait s’appliquer à une nef si peu impor­tante. Anor aurait donc eu une nouvelle église construite après les guerres de Louis XIV, et dont le choeur daterait de 1703.

Cette disposition subsistait encore en 1823. L’église n’avait pas de nefs collatérales : sa forme était celle d’une croix latine et sa surface, hormis le choeur, ne dépassait pas 220 m2.

En 1823, la municipalité décida d’agrandir l’église en rai­son de l’accroissement de la population (2200 âmes). En 1827, on construisit un nouveau clocher, un perron devant l’église et deux cadrans à l’horloge ? Le perron est remarquable ; il comp­rend 14 degrés de pierre bleue et se trouve à mi-côte sur une pente assez raide qui termine le plateau-frontière. Les trav­aux furent achevés e en 1830. La tour était haute de 24 m. surmontée d’un clocher de 19 m. et d’une croix de 6 m. Le nouvel escalier avait une hauteur de 2 m. En 1829, les boiseries de l’autel furent remplacées. Il est regrettable que les Anciens retables du même style que l’autel n’aient pas été conservés. Ils ont été acquis par l’église de Rocquigny (Aisne) et y sont encore actuellement.

L’église resta dans cet état jusqu’à 1930, année où elle fut quasi détruite par un incendie dans la nuit du 7 au 8 février. Reconstruite aussitôt, elle fut inaugurée le 19 mars 1933. Elle fut d’ailleurs rehaussée en même temps, tandis que le clocher était refait avec quelque dix tonnes de bois.

Bombardée en mai 1940, elle subit de graves dégâts, mais fut réparée et ré inaugurée le 1 septembre 1943.

En 1969, l’église d’Anor présente les dimensions suivantes :

Longueur : du portail au fond du choeur : 38 m.

Largeur : elle est disproportionnée par rapport à la longueur : 22 m.

Hauteur : les trois nefs sont trop basses pour les autres dimen­sions ; la grande nef fait à peine 10 m. de haut ; il lui en faudrait 15.

La tour avec le clocher forme un ensemble imposant de 50 m, sur les côtés se trouvent quatre clochetons. La tour de l’église renferme trois cloches

La grosse cloche porte cette inscription :  » l’an 1788, j’ai été bénite au nom de dieu et de la Sainte Vierge, ayant pour parrain et marraine la jeunesse d’Anor, représentée par le sieur Nicolas Martin, mayeur actuel qui m’a nommée : Jésus, Maria. Au culte divin j’appelle les fidèles, je chasse les démons, le tonnerre et la grêle. Les Lombards de Montigny m’ont faite et ma soeur  » (cette soeur n’existe plus).

La moyenne porte cette inscription :  » J’appartiens à la com­mune d’Anor, Meunier, maire de ladite commune. Faite à Frasne, par Antoine fils. 1804.  »

La petite cloche porte la même inscription.

Les cloches furent emportées par les Allemands en 1914-18, puis récupérées.

Dans toutes les églises anciennes, on trouve des pierres tom­bales dont les inscriptions donnent souvent à l’histoire locale un précieux appoint et une note originale. De 1720 à 1780 environ, l’église fut une véritable nécropole à coté du cimetière. De nombreuses personnes y furent inhumées, appartenant aux familles Goulard, Salengre, Pochet, de Hennezel, Petit, Machelard, etc. Des pierres tombales ont été malheureusement déplacées et dégra­dées. Cependant certaines, encastrées dans les murs à l’intérieur et à l’extérieur de l’église ont été conservées, ainsi que celles scellées sous les cloches et dans la nef.

Une des pierres tombales les plus curieuses est celle qui est encastrée dans le mur, entre l’autel Saint-Nicolas et le confessionnal de MM. le Vicaire. En voici le texte :

 

CY GISENT S0VBS LA TERRE

DE JEAN GOVLART ENCLOS FILS VNIQV A SA MERE

ET LA CENDRE ET LES OS

BIEN VOVLOV DANS LE MONDE IL CHERISSAIT LA PAIX

QVN TOMBE PROFONDE

LVI REDONNE A JAMAIS

VU COVP D’ARQVEBVSADE PLVS VITE QVE LE PAS

TIRE D’VNE EMBVSCADE

AT CAVSE SON TREPAS

NE FVS CE PAS DOMMAGE

QV’VN MEURTRIER ENTREPRIT

A TRENTE QVATRE ANS DAGE DE LVI RAVIR LA VIE

QVEL DESSEIN FVT LE VOTRE MEVRTRE INCONSIDERE

IL FVT PRIS POVR VN AVTRE

QVAND IL FVT MASSACRE

VOYANT A SA MEMOIRE

CE MONVMENT DRESSE SOVHAITON DANS LA GLOIRE LA PAIX AV TREPASSE

IL DECEDA LE 3  DV MOIS 1668

 

Près du bénitier, on trouve une pierre tombale à la mémoire d’un ancien curé d’Anor. Au fond de L’église, on trouve encore deux pierres tombales, dont on trouvera les inscriptions à la page ci-dessous.

D.O.M.

ICI REPOSE LE CORPS  DE  MAITRE ANDRE JOSEPH DEGOVSEE NATIF D’OHAIN QVI AYANT DECHARGE AVEC  ZELE ET EDIFICATION LES SOINS PASTORALES  A ANOR L’ESPACE DE 44 ANS Y TREPASSA LE 29  DE SEPTEMBRE  I784 AGE DE   80 ANS REGRETTE  GENERALEMENT DE TOVS SES  PAROISSIENS

LECTOR  APPRECARE VT REQVIESCANT  IN PACE

ICY REPOSE LE CORPS  DE

JEAN FRANÇOIS  DE CONDE DE MALINCOURT EN SON

VIVANT  MAITRE DE VERRERIE A IVMET

LAISSANT POVR VEVVE

DAME  MARIE  DE BIGAVT DECEDE

LE  26 JANVIER  I757

AGE DE 58 ANS

PRIEZ DIEV POVR SON AME

ICY REPOSE LE CORPS DE

IANNE GOVLART

VEVVE DE Sr IEAN JOSEPH

DESPRET Me DE FORGES

ET FOVRNAV QVI EST DECEDE

A SIGNY LADITTE AGEE DE

43 ANS DECEDEE LE 23 OCTOBRE

DE L’AN 1756

PRIEZ DIEV POVR SON AME

II existe à l’extérieur une pierre extrêmement curieuse du point de vue historique. Les mots qui y sont soulignés manquent. Au moyen de documents, il a été possible de les remplacer. Mais pourquoi manquent-ils ? A la grande révolution, ordre fut donné de faire disparaître tout ce qui de près ou de loin rappelait la noblesse. Or, les personnages défunts entraient dans cette classe, l’homme par son métier de maître de forges, la femme par son nom à particule.

 

Afin d’en avoir la citation entière en une page, nous avons reproduite cette épitaphe :

D . 0 . M

ICY REPOSENT LES CORPS DE Me JEAN FRANÇOIS DESPRET Me DE FORGES NE A WALLERS LE 27 7bre 1707 ET DE DAME MARIE SOSEPH NARCHE DE TRONCOURT SON EPOVSE NEE A FRASNE LE 20 7bre 1709 DECEDES TOVS DEVX A ANOR LE PREMIER LE 7 ET LAVTRE LE 12 FEVRIER 1782

ET DE DAME MARIE JOSEPH AMELIE DESPRET LEVR FILLE EPOVSE DE MONSIEVR LOVIS ADRE DE PRESEAV

SEIGNEVR   DE FLOMON NEE A ANOR LE 31 8bre 1746 DECEDEE LE 18 JVIN 1783

REQVISCANT IN PACE

L’église Saint-Nicolas d’Anor, qui s’élève sur la pente assez raide qui termine le plateau frontière, a pour pendant la chapel­le Saint-Gorgon bâtie coquettement sur le plateau formant la colline de prolongement de la ligne de faîte qui sépare les eaux des bassins de la Meuse et de la Seine.

Il est de tradition à Anor que Saint Gorgon a eu de tout temps de fervents invocateurs pour les maladies des membres inférieurs. La chapelle date de 1723 , chaque année les habitants d’Anor et des localités environnantes y faisaient un pèlerinage ainsi que de nombreux touristes.

L’église d’Anor ne fut desservie jusqu’au début du VIéme siècle que par un chapelain. A cette époque, les habitants, par un privilège unique et singulier, purent choisir eux-mêmes leur curé par voie de suffrage libre et universel, auquel les femmes veuves prenaient part. nommant leur pasteur, ils pourvoyaient eux-mêmes à son traitement, car le territoire était exempt de dîmes.

Plus tard, il lui fut adjoint un vicaire choisi également par le corps municipal et les habitants. On traitait directe­ment avec lui; un peu plus tard, il fut payé par le receveur de la communauté.

 

anor

Publié dans:L’Église d'Anor |on 12 juillet, 2014 |Pas de commentaires »

L'ATELIER NOMADE |
Mes premières créations |
plume d'ange |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | studioaerogaz
| psykotronik
| EME PEINTRE