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« La Période Révolutionnaire »

«  La Période Révolutionnaire »

Les périodes réputées glorieuse de notre Histoire, 1650 à 1750 environ, furent, principalement pour les populations rurales, des époques de misère et de souffrances inouïes. On ne peut passer sous silence que Fénelon ait adressé une supplique au roi en 1683 en faveur des habitants de notre région.

En 1730, 10 000 cavaliers étaient cantonnés à Maroilles . Anor du payer 204 livres pour pouvoir à leurs besoins en cordes de gros bois. En 1740, Anor reçut un poste de soldats occasionnant à la commune 704 livres de frais. On ignore le motif de l’installation à Anor de ce poste de soldats. La date de 1740 est celle du commencement de la guerre de succession d’Autriche, à laquelle la France prit d’abord part contre Marie-Thérèse. Est-ce une précaution militaire, Anor étant sur la frontière ? Est-ce par crainte de l’exaspération du peuple ?’ C’est que l’hiver avait été d’une rigueur excessive et que la misère était noire dans les campagnes. Anor, en particulier, dut  » achepter du grain à Vervins et à la Capelle. »

Les guerres que soutint Louis XV n’eurent aucunement notre contrée pour théâtre ; mais le peuple n’en restait pas moins dans le plus grand dénuement, écrasé qu’il était par des impôts ruineux. Que pouvait pour le peuple, en effet, un roi dépravé qui tolérait le pacte de famine, s’il n’y était associé, un roi qui disait:  » après moi le déluge, tout cela durera bien autant que moi « . Des voix réprobatrices s’élevèrent à nouveau : celles de Massillon, celle du duc d’Orléans, seigneur de la paierie d’Avesnes, par conséquent d’Anor, qui, en 1745, disait à louis XV, en lui présentant du pain de fougère :  » Sire, voilà de quoi vos sujets se nourrissent « .

Le règne de Louis XV prit fin en 1774. Son successeur, Louis XVI, comprenait la situation et était certainement animé des meilleures intentions. Malheureusement la tâche difficile qui lui incombait était au-dessus de ses forces. De plus, le prestige de la royauté était détruit; le désordre dans les finances était à son comble, le peuple réclamait hautement la réforme des abus et son émancipation civile.

Le parlement s’opposait à ce qu’on établît de nouveaux impôts; d’un autre côté, le gouvernement avait perdu tout crédit; il ne trouvait plus à emprunter et le Trésor royal était vide. Il n’y avait donc plus à emprunter, mais à consulter la nation. La con­vocation des Etats Généraux fut enfin consentie par le roi, comme moyen de salut; de leur convocation surgit la Révolution.

Chaque commune fut appelée à dresser son cahier de plaintes, doléances et remontrances. En raison de sa population, 255 feux, ce qui représentait environ 1300 habitants, Anor dut élire   trois députés pour présenter son cahier au bailliage d’Avesnes; et comme électeurs du second degré, prendre part à l’élection des députés aux Etats Généraux. La nomination des trois dentés eut lieu dans l’église le 27 mars 1789, à laquelle prirent part 67 électeurs de plus de 25 ans et imposable. On n’a pu découvrir le cahier de doléances d’Anor ; on croit que celles-ci ne devaient pas être autres que celles recueillies au cahier récapitulatif du bailliage.

Un des premiers actes des Etats Généraux, qui prirent le nom d’Assemblée Constituante fut, le 15 janvier 1790, la division de la France en départements qui furent subdivisés en districts, can­tons et communes: on rattacha Anor au département du Nord, chef- lieu Douai, à l’arrondissement d’Avesnes et au Canton de Trélon. En 1790, deux notabilités d’Anor prirent part à Douai aux élections du second degré. Le 14 juillet 1790, la fête de la Fédération fut célébrée à Anor à l’instar de toutes les communes de France. Le même jour, Anor délégua un représentant de sa garde communale à Paris pour participer à la grandiose fête de la Fédération générale.

A cette époque, Anor fut troublé par un personnage ambitieux, aux idées avancées, Antoine Danis, qui en novembre 1790 contesta la validité des élections municipales, furieux de ne pas avoir été élu. Le 13 février 1791, le curé et le vicaire d’Anor prêtèrent serment à la constitution civile du Clergé.

Aux préoccupations politiques qui travaillaient tous les esp­rits se joignit bientôt celle de la subsistance. Une sécheresse extrême de mars à mai 1788, suivie d’une grêle violente le 13 juil­let 1788 occasionna la famine. Le blé augmenta de 18 à 27 livres au sac ; les convois étaient pillés par les populations. Par malheur, l’hiver arriva dès septembre 1789 et la neige recouvrit Anor jusqu’à mars 1790 ; on ne mangeait alors que des herbes bouillies, rarement un pain de misère, la  » garlope « .

La récolte de 1790 ne fut pas beaucoup meilleure que celle de 1789 ; on continuait à piller les convois ; on devenait de plus en plus menaçant, surtout que le blé français était partiellement exporté… La loi suspendit peu après, d’ailleurs, la liberté d’exportation. La récolte de 1791 fut bonne, mais l’agitation continuait. En 1791-92, un détachement du 44éme régiment d’infan­terie fut cantonné à Anor, occasionnant à la commune 1984 livres de frais.

La crainte de l’invasion agitait aussi les esprits; le 6 mai 1792, après une fausse alerte qui avait dépêché à Anor des volon­taires des communes avoisinantes pour repousser une soi-disante invasion des Houlans, un service de surveillance fut organisé et définitivement établi le  8 Mai, La municipalité décida de faire un abattis d’arbres dans la foret de Saint-Michel et d’y creuser abris et retranchements : telle est l’origine de la  » Haie d’Anor « .

La commune se heurta aussi à de nombreux ennuis financiers, dus au logement et à l’entretien de hussards et de volontaires, en 1792, aux travaux défensifs près de la frontière. En 1791, la commune n’avait pu s’acquitter de ses impositions, s’élevant à 11 140 livres. Elle obtint un sursis de paiement jusqu’en 1792, d’autant plus que le peu de crédit qui restait à Anor fut ent­ièrement consacré à agrandir le cimetière et à restaurer l’église en mauvaise posture.

Le 13 novembre 179I, on procède à Anor aux élections munici­pales ; Antoine Danis, non élu, conteste la validité des élec­tions et fait appel sans succès au directoire du district d1 Avesnes, puis du département.

Le 16 janvier 1792, trois Anoriens ayant pénétré à l’étranger avec trois mille livres furent arrêtés. Le 11 mai, la municipalité de Trélon se plaint que des Anoriens ont arrêté des convois de vivres belges destinés à Trélon, sans résultat. Le même jour, le maire d’Anor est pressenti par le procureur-syndic du Directoire du district d’Avesnes pour faire l’inventaire des biens appartenant aux émigrés, en application de la loi les concernant. La municipa­lité refuse sans succès, tandis que les biens sont mis sous scellés et destinés à la vente. Le 24, le Directoire du district charge la municipalité de vérifier les caisses patriotiques ouvertes par différents citoyens d’Anor. Une seule existait à Anor, celle de Joseph Meunier; l’assignat, créé par l’assemblée Nationale, était un papier-monnaie hypothéqué sur les biens des corporations reli­gieuses, mais sa valeur était trop grande. C’est pourquoi Joseph Meunier eut l’idée de créer de petites coupures, ou  » billets de confiance « , remboursables en assignats .Il en émit à Anor de 30,7, 5, 3,2 et 1 sol valable jusqu’en 1793. L’usage de ces billets fut d’ailleurs étendu dans toutes les communes.

Le 29 septembre, le curé, le maire et le conseil municipal, pour satisfaire à la loi du 10 de ce mois, se transportent à l’é­glise pour y faire l’inventaire des objets d’or et d’argent. Ils ne dénombrent que des objets relatifs au culte. Partout on cher­che des biens d’or et d’argent susceptibles de renflouer les fin­ances communales. Le maire fut d’ailleurs compromis dans une aff­aire de recel d’objets volés. Lors du dépouillement de l’église en ce même mois, un auto-da-fé des statues des saints eut lieu sur la pla­ce publique.

Au cours du mois d’octobre, on procéda au recensement des gra­ins dans toute l’étendue du district, et en particulier à Anor.

Le 9 octobre 1792, quelques citoyens d’Anor s’engagèrent à fabriquer des piques conformes au modèle déposé au district; la fabrication s’intensifia, pendant les années suivantes.

Pour satisfaire à la loi du 20 septembre 1792 qui retira au clergé la constatation de 1 ‘état-civil des citoyens, et créa un officier public chargé spécialement de rédiger les actes, le curé d’Anor remit ses registres le 10 décembre 1792, d’abord à l’ins­tituteur, puis à l’officier de l’état-civil.

Cependant, aux embarras intérieurs de la France allait se join­dre la guerre. Les puissances voisines, excitées pour les menées des émigrés et craignant pour elles-mêmes la propagation des idées qui fermentaient en France et l’agitaient, s’apprêtaient à interve­nir dans nos dissensions politiques, quand, le 20 avril 1792, Louis XVI, déterminé par l’assemblée législative, déclara la guerre à François 1er roi de Bohême et de Hongrie, plus tard empereur d’Autriche. Pour beaucoup de Français, c’était une bravade, car il leur paraissait impossible de soutenir une guerre dans la situation présente: l’Etat, en effet, n’avait ni armes ni argent et manquait de troupes organisées. Heureusement, l’enthousiasme prit le pas sur les défaillances à craindre et des levées en masse couvrirent nos frontières de jeunes patriotes. En août 1792, le roi de Prusse, à la tête de 100 000 hommes pénétra jusqu’en Champagne mais fut repoussé par Dumouriez et contraint de repasser le Rhin. Mais au début de 1793, l’ennemi occupa la Belgique et réussit à s’emparer de quelques villes du Nord : les arrondissement de Vervins et de Saint-Quentin furent envahis.

Les habitants d’Anor, quoique très pauvres, fournirent une contribution patriotique de 2187 livres  6 sous, et 33 hommes lors de la levée des 300 000 hommes. Ces 33 patriotes furent tirés au sort. La situation matérielle étant très grave, le conseil général d’Anor demanda le 7 janvier 1793 à acheter dans les marchés voisins les blés nécessaires à la  commune. Le 11 avril, la municipalité deman­da l’autorisation  » de cultiver pour le profit de la nation les biens des émigrés « .  A la même époque, le désarmement des nobles et des prêtres vint à son tour à l’ordre du jour.

 

Le 23 brumaire An II, (13 novembre 1793), le Directoire du district envoya deux délégués à Anor pour y contrôler la produc­tion des usines, ces dernières étaient en effet réquisitionnées pour la fabrication exclusive de matériel de guerre, ainsi que tous les ouvriers.

Le 19 ventôse An II (9 mars 1794), le district reconnaît la misère da canton de Trélon. En effet, faute de chevaux et de chariots réquisitionnés pour l’armée, le grain n’était plus acheminé vers Anor.

L’année 1794 fut en effet celle des grandes souffrances et d’une grande disette, surtout pendant l’hiver 1794-95. A des récoltes fort insuffisantes étaient joints les maux de la guerre. Le 29 germinal (18 avril 1794), le Directoire du district dut prendre un arrêté exigeant le retrait vers l’Aisne  » de toutes les bouches inutiles « .

Le 14 floréal (3mai 1794), la Commission du Commerce et approvisionnement de la République accordait 15 000 quintaux de grain à prendre dans le district d’Hazebrouck au profit du district d’Avesnes. Hazebrouck, voulant être payé comptant, refu­sa la livraison.

Le 3 pluviôse An II (22 janvier 1794), on est en plein régime de terreur. Les églises sont fermées, tout culte défendu, les prêtres et les nobles, aussi bien que les  » suspects « , tra­qués et conduits à l’échafaud. Anor eut, comme toutes les commu­nes, son  » comité de surveillance « . Nous avons tout lieu de penser que ce comité ne fut pas bien terrible.

Pendant ce temps, la situation des Anoriens restait bien pré­caire, d’autant plus que le Directoire du district réquisitionnait inlassablement du grain: le 4 vendémiaire An III (25 septembre 1794), Anor fut taxé à 30 quintaux. Le 29 vendémiaire, le dis­trict accorda enfin 70 quintaux de blé à Anor.

Au peuple, il fallait du pain et aux défenseurs de la patrie non seulement du fer mais de la poudre. Le citoyen Broquin, agent national à Anor, n’ayant pas fourni le faudreur et le rouleur (charbonniers) requis, fut incarcéré mais relâché peu après. Déjà, le 27 prairial An II (15 juin 1794), Anor avait dû envo­yer trois charbonniers réquisitionnés à Paris. Rien ne nous ind­ique qu’il y ait eu à Anor un atelier pour la fabrication du salpêtre: l’église le plus souvent servait à cet effet. On croit que le salpêtre était fabriqué à Avesnes, car des cendres des ver­reries d’Anor étaient expédiées à Avesnes.

 

 

 

 

Le II frimaire An III (1 décembre 1794), le citoyen Despret, maître des forges à Anor, demande la subsistance pour ses ouvriers. L’administration accueillit favorablement cette demande. Quelques jours auparavant, le 7 frimaire, la municipalité avait été remaniée pour en épurer  » les hommes faibles, ignorants ou perfides  » et leur substituer des  » citoyens dont le plus pur civisme s’était manifesté en toutes occasions  »

Le 25 nivôse An III (14 janvier 1795), le district d’Aves­nes décide de traduire en justice la commune d’Anor pour son dé­faut de fournir aux réquisitions en foin demandées par l’Admini­stration.

Le 16 pluviôse An III (4 février 1795), la municipalité demande que les militaires chargés de saisir le foin soient reti­rés, vu l’impossibilité de fournir le foin exigé. On ne sait com­ment les choses se sont terminées.

Le 6 ventôse An III (22 février 1795), la municipalité réclame le prix de deux chariots fournis à Maubeuge.

Le 22 vendémiaire An IV (14 octobre 1795) à lieu le cau­tionnement de la commune d’Anor du 12 vendémiaire pour la remise des 2400 quintaux de grain demandés par la commune. La question des subsistances était donc toujours à l’ordre du jour.

La Convention Nationale se sépara en 1795, après avoir siégé trois ans et un mois. La Constitution dite de l’An III fut alors mise en vigueur et le nouveau gouvernement de la République ins­tallé le 15 novembre 1795. Comme conséquence, les administrations municipales furent supprimées ainsi que les districts. Anor fit partie de l’administration cantonale de Trélon dont le général Despret fut le président. Cet état de choses se maintint jusqu’à l’installation du Consulat le 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799).

 

Publié dans:La Période Révolutionnaire |on 12 juillet, 2014 |Pas de commentaires »

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