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La Charte d’Anor :

LA CHARTE D’ANOR :

Avant la Révolution de 1789, nos provinces étaient régies par le droit coutumier ; il n’y avait donc aucune uniformité de législation : ce qui était défendu dans une province était per­mis dans une province voisine. La première origine de ce droit coutumier vient tant des lois Salique, Ripuaire et Gombette, introduites par les peuples vainqueurs des Gaules sur les Romains, que des lois et coutumes qui avaient cours entre les Gaulois; lors de l’invasion. Chaque peuplade avait ainsi la satisfaction de ne subir le joug que de ces propres lois.

La France, surtout à l’avènement au trône de Hugues Capet, connut le joug féodal. Les grandes charges et offices furent transformés en Seigneuries, et des bénéfices à vie se changèrent en fiefs patrimoniaux. Ce changement a nécessairement apporté des modifications aux coutumes générales, car les biens furent transformés en une autre nature. Sous les Romains, chaque ville avait une administration municipale, jouissant le plus souvent de privilèges assez étendus, comme celui de rendre la justice. Cette situation s’est même maintenue sous les rois barbares de la première race, quoique étant moins régulièrement constituée. Mais quand la féodalité s’implanta en maîtresse dans le pays, les Seigneurs mirent un peu main sur tout, en sorte qu’il se produisit un désarroi complet dans l’administration des villes, où pourtant il resta toujours quelques traces ou restes des anciennes libertés municipales.

Petit à petit, par le commerce et l’industrie, les bourgeois des villes s’enrichirent. La puissance que donne la fortune, comme aussi l’esprit d’association, firent qu’au XII ème siècle un mouvement général se produisit dans les villes d’abord, puis de proche en proche dans les campagnes, pour exiger des Seigneurs au besoin par la force, soit la confirmation ou l’extension des libertés municipales conservées, c’était le cas le plus général, soit 1′obtention de chartes basées sur celles des villes voisi­nes. C’est ainsi qu’Anor obtint sa charte de commune?

Comme nous le disions dans le chapitre précédent, elle lui fut octroyée par Nicolas d’Avesnes, surnommé Plukel, qui accorda aux Anoriens la charte que Prisches avait obtenue en 1158. Plus tard, son fils Jacques d’Avesnes, qui avait épousé en 1166 Adeline ou Améline, dame de Guise, se trouva par là même Seigneur d’Avesnes, de Guise, ainsi que de Landrecies, d’Anor, de Trélon, du Nouvion, etc…

Ce puissant Seigneur était doué d’un génie supérieur pour son siècle. Aux qualités de guerrier valeureux, il ajoutait celle d’un administrateur intelligent. Aussi, donna-t-il des chartes de communes aux agglomérations quelque peu importantes, à ses vastes domaines qui en étaient dépourvus: enfin il augmenta les franchises accordées par son père. Il adopta pour toute la loi de Prisches, calquée sur celle de Buironfosse (Aisne). De Prisches, il fit un centre de juridiction.

Au sujet du Seigneur Jacques d’Avesnes, qu’il nous soit per­mis de faire une digression intéressante. Les exploits de Jacques à la troisième croisade sont presque fabuleux. On ne peut résister au désir de faire connaître sa mort glorieuse en 1191, à la bataille d’Arsur.

A cette bataille, Jacques d’Avesnes commandait l’aile droite à la tête des Hennuyers, des Flamands, des Brabançons et des Hollandais, et ce fut lui qui donna le signal de l’attaque. Dans la mêlée qui fut horrible, il se distingua parmi les plus intré­pides.

Déjà deux fois, Jacques d’Avesnes avait enfoncé les escadrons ennemis, quand, emporté par son courage et faisant une troisième charge, il fut attaqué par un Sarrazin de grande force qui lui coupa la jambe droite d’un violent coup de hache. Le héros, néanmoins, se soutint encore quelque temps ; il ne cessa pas même de combattre jusqu’à ce que son bras droit fût abattu d’un coup de cimeterre. Alors, accablé par la multitude et couvert de blessures, il tomba expirant, en criant    « 0 Richard, venge ma mort ! ».

Exaspérées et ne rêvant que vengeance, ses troupes se ruèrent avec rage sur l’ennemi qu’elles battirent complètement. Le len­demain, le corps mutilé de Jacques d’Avesnes fut enseveli en grande pompe à Arsur : Richard Coeur de Lion composa un panégy­rique pour vanter son courage et ses vertus.

Après cette digression revenons à la loi de Prisches. Le village de Prisches dut sans nul doute à sa position l’insigne honneur de devenir un centre juridique. De là, en effet, il était facile de rayonner aux alentours. Voici, à titre documen­taire, les localités qui ressortissaient en 1564, de l’éschevinage de Prisches, comme chef-lieu, d’après une copie de la coutume de Vermandois faite pour l’échevinage de Prisches, et selon l’orthographe de l’époque :

Landrechies                                                Anor                                    Beauwels

Ramousies                                            Buironfosse                                         Seloignes

Trélon                                            Le Sars du Nouvion                    Monceaux

Bailieures                                     Barsil Sars du Nouvion                             Robechies

Boutonville (Hameau de Baileux)            Ohin                                    Mommignies

Beaurepaire                                       Barsil Hainaut                                 La Buissière

Berghue les Prisches                          Imbrechies            Fontenelle et Papleux

Sur cette liste devait figurer Glageon pour la partie appar­tenant à la terre et paierie d’Avesnes. L’autre portion était du ressort de la prévôté de Maubeuge et régie par la coutume de la Bassée.

Ces chartes, à la différence d’une foule d’autres qu’on vit dans le même siècle se multiplier en France et qui n’étaient que des chartes d’affranchissement, ces chartes, libéraient nos pop­ulations d’Anor et des environs de la servitude ou mainmorte et réglaient dans le plus grand détail les droits des Seigneurs et en général, ce qui concerne les personnes, les choses et les actions

Tous les officiers municipaux dans le ressort de Prisches étaient subordonnés à ceux de Prisches, alors juges civils, criminels et de police ; l’appel de leurs jugements se portait devant eux et ils étaient obligés de prendre d’eux leurs requêtes c’est-à-dire, la forme dans laquelle ils devaient rendre leur sentence ? Toutefois la compétence de ces juges ne  s’étendait pas aux fiefs ni aux droits seigneuriaux ; elle se bornait, en matière civile, à connaître les différends entre les particuliers, pour dettes, successions, partages, aliénation d’héritages de main-ferme (biens donnés par les Seigneurs).

Comme les coutumes locales ne renfermaient pas généralement assez de détails à ce sujet et qu’il fallait régler le sort et assurer le repos des familles, on admit à Prisches la coutume de Laon ou de Vermandois, mais seulement comme loi échevinale et pour ce qui était de la compétence des officiers de l’échevinage. A noter toutefois qu’on ne la consultait que quand les chartes ou coutumes locales étaient muettes, et qu’elles étaient encore modifiées par les Chartes générales du Hainaut. Une formule consacra cet état de choses; on disait loi de Prisches et droit de Laon.

Lorsqu’on I556 les Etats du bailliage de Vermandois furent rassemblés à Reims pour la réformation de leur coutume, personne du ressort de Prisches n’y assista; mais dans la suite, comme la nouvelle coutume parut beaucoup mieux rédigée que l’ancienne, dans les points où elle était observée au chef-lieu de Prisches, les officiers de cette justice en levèrent une copie au greffe du bailliage de Laon ; et après que Charles II de Croy, prince de Chimay, Seigneur d’Avesnes, d’Anor, de Prisches, etc., l’eut ratifiée, ils en firent la publication à Prisches, le 26 décem­bre 1564, pour avoir cours dorénavant dans tout le ressort.

La ratification est du 1 décembre 1564. Elle porte permi­ssion à ceux de l’échevinage et ressort de Prisches, de se gou­verner selon cette coutume,

 » en tous faits de lois et pour tous cas et choses dont les dits officiers et justiciers de Prisches ont accoutume congnoître et juger, et qui dépendent de leur état et office tant seulement… sans déroger aux Chartres, lois et ordonnances précédentes« .

Le 2 août 1606, Charles III de Croy, prince de Chimay, seig­neur d’Avesnes, défend aux habitants des localités précédemment citées et à l’échevinage de Prisches de se pourvoir à Laon pour leur procès, au préjudice des charges et privilèges de Prisches, à peine de deux dents écus d’or d’amende contre les contrevenants.

Après la conquête du Hainaut, Louis XIV ayant, en 166l, créé le bailliage d’Avesnes, toute juridiction contentieuse fut étein­te à Prisches, et Anor fut du ressort dudit bailliage.

L’original de la Charte d’Anor a disparu. Il fut comme tous les autres rédigé en latin, mais une traduction authentique a dû nécessairement en être faite en français pour la mettre à la por­tée des officiers municipaux.

Une copie de la Charte d’Anor, traduite en français de l’épo­que, n’existe pas plus que la Charte latine. Après bien des rech­erches, on n’a pu mettre la main que sur une copie toute moderne de ce document, puisqu’elle date de 1742. Cette copie, qui est plutôt une version, a été reproduite par l’inventaire des arch­ives du bailliage d’Avesnes; elle se trouve aux Archives Natio­nales à Paris. Le vieux français de cette Charte étant difficile, à lire, on trouvera le texte de ce document en français moderne ci-dessous.

Publié dans:La Charte d'Anor |on 12 juillet, 2014 |Pas de commentaires »

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